Le Courrier des Mondes

En Thaïlande, la première ministre sur le fil du rasoir

Alors que des tensions frontalières ont cours entre la Thaïlande et le Cambodge, la première ministre thaïlandaise Paethongtarn Shinawatra est accusée d’avoir dialogué en secret avec l’ex-premier ministre cambodgien et dénigré sa propre armée. Au point que sa coalition gouvernementale est au bord de la rupture… Et que les militaires commencent à s’en mêler.

Le bâtiment de l’Assemblée nationale, à Bangkok (photo : iStock).

Un coup de fil… ou un coup de tonnerre ?

Le gouvernement de la première ministre libérale Paethongtarn Shinawatra ne tient plus qu’à un fil. En effet, mercredi dernier, alors que s’envenimait le conflit frontalier entre la Thaïlande et le Cambodge, notamment pour le contrôle des temples khmers, un appel téléphonique entre Paethongtarn Shinawatra et l’ex-dirigeant cambodgien Hun Sen était révélé au grand public. Coup de tonnerre à Bangkok. L’élue y « aurait avoué être sous pression de l’armée et en particulier celle d’un général chargé des troupes à la frontière », indique RFI. Elle aurait également affirmé vouloir « rouvrir les postes-frontières fermés », explique Courrier International. Presque aussitôt, un des partis les plus importants de la coalition gouvernementale, le Bhumjaithai, de droite, annonçait la quitter, choqué par les propos de Paethongtarn Shinawatra. Si bien que la majorité au parlement s’est vue réduite dangereusement.

Paethongtarn Shinawatra, fille de Thaksin Shinawatra, premier ministre libéral charismatique renversé par l’armée en 2006, avait été nommée à la tête du gouvernement en août 2024. Cette nomination était intervenue après que le parti pro-démocratie Move Forward (renommé aujourd’hui Parti du Peuple), victorieux des législatives de 2023 qui avaient vu le départ des militaires, à la tête du pays depuis dix ans, avait été écarté du pouvoir. Elle-même issue de la principale formation d’opposition aux militaires, le Pheu Thai (centre-droit), Paethongtarn Shinawatra avait formé le 18 août 2024, après plus d’un an de flou politique, une large coalition avec plusieurs autres partis allant du centre-gauche à la droite.

Des conséquences encore inconnues mais redoutées

Revenant longuement dans un article sur le déclenchement de la crise politique actuelle, Mediapart explique que l’enregistrement secret aurait été rendu public « par Hun Sen lui-même », un personnage très influent au Cambodge, ayant dirigé le pays pendant 24 ans. L’homme serait coutumier de ce genre de pratiques, comme l’explique The Diplomat. Mediapart poursuit quant à lui en relatant les excuses de la première ministre ce jeudi à l’occasion d’une conférence de presse, où elle portait « un haut jaune, la couleur du roi » et de ses soutiens, les « chemises jaunes », dans le but d’apaiser les tensions et de tenter de reconquérir la confiance de l’armée, très fidèle à la royauté thaïlandaise. En effet, cet appel téléphonique en catimini n’a pas du tout plu aux militaires, qui sont la colonne vertébrale du pouvoir politique en Thaïlande et sont à l’origine de « pas moins de 18 tentatives de putschs (dont 12 réussies) depuis 1932 » selon le site Asialyst. De quoi faire trembler la locataire de Phitsanulok Mansion, la résidence officielle des premiers ministres thaïlandais.

Qui plus est, l’héritage familial de la première ministre, issue d’une lignée de politiciens détestés par les royalistes et leurs soutiens de l’armée, s’est révélé être un frein supplémentaire lorsque l’affaire de l’appel téléphonique a éclaté au grand jour. Mediapart, toujours dans le même article, précise ainsi que Hun Sen est « considéré comme un proche des Shinawatra » et que la première ministre l’aurait appelé « oncle », un terme qui est certes « une formule de politesse courante en Asie mais interprétée comme un signe trop familier ou révérencieux dans ce contexte par ses adversaires ». Si l’on ajoute à cela ses propos critiques à l’égard de certains membres de sa propre armée, la situation à Bangkok n’a pu devenir qu’explosive.

La question se pose donc sur la durabilité du gouvernement de Paethongtarn Shinawatra au centre d’une crise pouvant potentiellement mettre fin, de gré ou de force, à son mandat de première ministre et prolonger la crise politique dans laquelle a plongé à nouveau la Thaïlande.

Affaire à suivre.

Sources :

https://www.rfi.fr/fr/asie-pacifique/20250618-tha%C3%AFlande-le-gouvernement-au-bord-de-l-effondrement-apr%C3%A8s-la-fuite-d-un-appel-t%C3%A9l%C3%A9phonique

https://www.courrierinternational.com/article/asie-en-thailande-le-conflit-frontalier-avec-le-cambodge-declenche-une-crise-politique_232210

https://asialyst.com/fr/2017/09/18/memo-coups-etat-thailande-10-points/

https://www.mediapart.fr/journal/fil-dactualites/190625/thailande-sur-un-siege-ejectable-la-premiere-ministre-presente-ses-excuses

https://thediplomat.com/2025/06/thai-government-rocked-by-withdrawal-of-major-coalition-party/

2 réponses à « En Thaïlande, la première ministre sur le fil du rasoir »

  1. Avatar de connoisseurexuberant380338452e
    connoisseurexuberant380338452e

    Je ne suis pas certaine de comprendre en quoi les propos de la présidente sont controversés dans le contexte thaïlandais …?

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    1. Avatar de Charlie Roux

      La première ministre a passé un appel téléphonique avec un ancien dirigeant du Cambodge alors que la Thaïlande est actuellement en conflit avec ce dernier. De plus, dans cet appel, elle critique sa propre armée.

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