Ce vendredi, à Washington, le Rwanda et la République Démocratique du Congo (RDC) ont approuvé un accord de paix pour mettre un terme à des décennies de guerre et d’exactions dans l’est de la RDC, par l’intermédiaire de la diplomatie étasunienne. L’occasion pour Donald Trump de se poser à nouveau en « faiseur de paix », alors que l’accord semble être encore une fois le fruit d’une transaction et ne profiterait pas forcément aux parties impliquées.

Les États-Unis à la manœuvre
« Aujourd’hui, la violence et la destruction prennent fin, et toute la région ouvre un nouveau chapitre d’espoir et de possibilités ». Tels sont les mots du président des États-Unis Donald Trump après la signature, vendredi 27 juin, d’un accord de paix entre la République Démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda à Washington. En effet, son pays a joué un rôle de médiateur dans les négociations entre les deux pays d’Afrique centrale, qui avaient mené à « un accord préliminaire en juin », selon Courrier International. Les deux nations étaient en conflit depuis plus de trente ans, via de nombreux groupes rebelles.
La BBC précise de son côté que le document réclame le « désengagement, le désarmement et l’intégration conditionnelle » des forces rebelles combattant sur le territoire de la RDC, notamment le M23, très proche du pouvoir rwandais et responsable de nombreuses exactions sur les populations civiles des régions de l’est du pays. Il faut également noter que Donald Trump « a conditionné son rôle de médiateur à l’octroi de droits miniers », dans cette partie de l’Afrique, la RDC étant un producteur stratégique de métaux du numérique (The Financial Times). Une pratique transactionnelle typique du locataire de la Maison-Blanche, qui avait soumis la même proposition à l’Ukraine l’hiver dernier.
Reste qu’il s’agit là d’un pas en avant majeur dans la résolution du conflit, selon l’avis de nombreux observateurs.
Avancée réelle ou piège du statut quo ?
Selon une analyse du quotidien guinéen Le Djély, l’accord de paix signé ce vendredi n’est pas aussi miraculeux qu’il en a l’air. Tout en reconnaissant une « prouesse diplomatique » de la part de l’administration Trump, le journal cherche à souligner la difficulté pour le continent africain de contenir les intérêts des puissances étrangères qui agissent sur son sol. Intérêts au premier rang desquels se trouve la clause conditionnelle de l’accord, qui concerne l’octroi de droits miniers aux États-Unis. « Il en ressort que, pour retrouver une certaine tranquillité, la RDC devra concéder une partie non négligeable de ses ressources, notamment minières. Ce n’est donc pas un accord aussi équilibré ou idéal qu’on pourrait le penser », affirme le quotidien de Conakry. Il ajoute qu’alors que plusieurs chefs d’État africains avaient proposé de jouer le rôle d’intermédiaire pour résoudre le conflit, aucun des dirigeants congolais et rwandais n’ont accepté, jusqu’à ce que Donald Trump entre dans le jeu. « L’Afrique a échoué à parler d’une seule voix », assène Le Djély.
Dans un article sur son site, TV5 Monde met en lumière un autre problème de l’accord. Les troupes rebelles du M23, alors qu’ils sont « au centre du conflit entre Kigali et Kinshasa » ne sont à aucun moment cités dans le document. La chaîne de télévision explique que le groupe est uniquement mentionné « dans le cadre d’un autre processus de négociations avec la seule RD Congo, sous l’égide de Doha » (Qatar). Le M23 détient pourtant plusieurs grandes villes de la région du lac Kivu, dans l’est de la RDC, ce qui fait de lui un groupe armé puissant. La BBC revient ainsi sur les opérations militaires de ces derniers au début de l’année 2025, qui avaient été dévastatrices : « l’ONU affirme que des milliers de personnes ont été tuées et des centaines de milliers de civils ont été contraints de quitter leur domicile à la suite de la récente offensive des rebelles ». D’où l’importance de poursuivre les négociations à Doha.
Désormais, toute la question reste de savoir si l’accord sera concrètement appliqué sur le terrain, alors que de nombreuses négociations précédentes autour du conflit avaient échoué.
À suivre de près.
Sources :
https://www.bbc.com/news/articles/c1e0ggw7d43o
https://www.ft.com/content/91a66fc6-28e7-4320-a537-eeb8fac34f0d
Laisser un commentaire