« La France reconnaît aujourd’hui l’État de Palestine ». C’est en ces termes que le 22 septembre, à la tribune de l’ONU, Emmanuel Macron a fait aboutir une promesse de longue date. Applaudie ou dénoncée, cette reconnaissance est incontestablement un fait diplomatique hautement symbolique. D’autant plus qu’elle s’inscrit dans un plus vaste mouvement allant dans ce sens, de la part d’une dizaine d’autres pays occidentaux. Mais les obstacles restent titanesques pour une solution à deux États.

Une avancée essentielle pour la solution à deux États
« Après avoir promis pendant des années de franchir le pas « le moment venu », la France a décide de reconnaître l’État de Palestine, lundi 22 septembre à New York », écrit Mediapart mardi 23 septembre. L’annonce avait en effet était faite depuis un moment déjà par Emmanuel Macron, une première promesse de reconnaissance en juin dernier ayant été repoussée de trois mois. Dans le même temps, une dizaine d’États ont aussi reconnu la Palestine, dont le Canada et le Royaume-Uni, qui ont fait leur déclaration ce dimanche. Une manière d’affirmer l’opposition de ces nations aux massacres et à la politique de colonisation perpétrés par l’armée israélienne à Gaza et en Cisjordanie.
Et Israël de lancer à la France, par la voix de son représentant à l’ONU, Danny Danon, quelques instants avant le discours du président : « Ceci est un théâtre, un show déconnecté de la réalité qui n’arrange en rien la paix mais soutient le terrorisme ». En guise de représailles, l’État hébreu pourrait prévoir « la fermeture du consulat français à Jérusalem » ou bien « une annexion spectaculaire en Cisjordanie », s’interroge Libération.
Mais pour l’heure, cette décision diplomatique française est avant tout symbolique, comme celle des autres pays ayant fait de même. « Une reconnaissance symbolique, puisqu’elle ne peut être effective que par un vote du Conseil de sécurité auquel les États-Unis apporteraient, à coup sûr, leur veto », explique à Libération Richard Gowan, responsable ONU au centre d’analyse International Crisis Group. Les États-Unis qui qualifient la démarche française d’« irresponsable », rapporte le quotidien espagnol El País en citant les propos du secrétaire d’État Marco Rubio. Le journal souligne d’un autre côté le caractère majeur de cette vague de reconnaissance dans les relations internationales : « Avec la France, à laquelle cinq pays se sont joints hier, l’initiative prise par le Canada et le Royaume-Uni est particulièrement significative, car elle s’inscrit dans le cadre du G-7 ».
Les mots… et les actes
Mais une question demeure. Comment concrétiser cette reconnaissance ? Il est évident que sur le terrain, les choses sont autrement plus difficiles.
En effet, Tsahal continue de bombarder Gaza et de lancer des offensives meurtrières et la colonisation en Cisjordanie semble avoir le vent en poupe. Amnesty International parle d’« apartheid automatisé » en Cisjordanie et affirme que 90 % de la population gazaouie est déplacée. Le Monde explique par ailleurs que « depuis 2007, 13 586 colons s’installent en moyenne chaque année dans les territoires occupés ».
La reconnaissance doit donc s’accompagner d’autres mesures de la part de ces pays. « Toute reconnaissance de l’État palestinien devrait s’accompagner de mesures concrètes visant à tenir Israël responsable de ses politiques illégales et destructrices », écrit le responsable politique palestinien Mustapha Barghouti dans les colonnes opinion du New York Times. Et il poursuit : « Les gouvernement – particulièrement les soutiens occidentaux d’Israël – doivent imposer des sanctions économiques, comme certains le considèrent, et un embargo complet sur les armes ». L’UE s’était déjà engagée sur cette voie lorsque Ursula Von der Leyen avait proposé des mesures punitives à l’égard d’Israël à l’occasion de son discours sur l’état de l’Union ce mois-ci. Mais elles ne semblent pas tout à fait à la hauteur des évènements, étant de nature essentiellement économiques. Et encore faudrait-il que le Vieux Continent surmonte ses divisions.
Et dans le jeu des sanctions, Benyamin Netanyahou est particulièrement offensif. Comme le rapporte Les Échos, « l’État hébreu a sapé systématiquement l’économie palestinienne, en vue de provoquer un état de cessation de paiements de l’Autorité palestinienne », notamment en coupant sa coopération avec les banques du pays.
Du côté palestinien, le geste diplomatique de la France et des 8 autres pays ne semble guère provoquer d’enthousiasme. Courrier International va jusqu’à rapporter que « pour certains Palestiniens, cette reconnaissance représente même un cadeau empoisonné ». Le journal explique que bon nombre pensent qu’Israël se vengera suite aux déclarations à l’ONU. Et la situation à Gaza n’arrange pas les perspectives de vivre-ensemble entre israéliens et palestiniens.
Toujours est-il que désormais, 158 des 193 États membres de l’ONU reconnaissent l’État de Palestine.
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