Le Courrier des Mondes

Réponse : Pourriez-vous nous éclairer sur les mouvements sociaux à Madagascar ?

Je vais aujourd’hui répondre à la question posée par Stéphane.

En effet, le pays est traversé depuis le mois de septembre par d’intenses manifestations, au départ organisées « contre les coupures incessantes d’eau et d’électricité », rapporte Le Mauricien. Le quotidien basé à l’Île Maurice explique également que la contestation est menée principalement par la génération Z (1997-2012), rejointe par d’autres franges de la population, à mesure que le mouvement s’intensifie. De fait, les manifestants « réclament désormais le départ du président Andry Rajoelina », poursuit le journal, et certains se moquent même de l’élu, organisant « une fausse cérémonie de funérailles du président ». Autour du mot d’ordre « une vie meilleure », les contestataires ont été rejoints par les syndicats malgaches qui ont appelé à la grève générale mais aussi par les partis d’opposition. « Une rare prise de position commune », affirme Le Mauricien. Le quotidien a aussi rappelé que les manifestations avaient été émaillées de violences, notamment de la part de gangs mais aussi de la part des autorités, et repris les informations d’Amnesty International, qui avance que le « droit de manifester pacifiquement (était) violemment attaqué ». Et de finir en rappelant que Madagascar « figure encore parmi les pays les plus démunis au monde ».

Aux dernières nouvelles, la répression perd des forces, comme le relate RFI : « des militaires appellent leurs pairs à la désobéissance », refusant de tirer sur les manifestants. Plusieurs soldats ont d’ailleurs rejoint les rangs des contestataires et ont appelé ce samedi à bloquer l’aéroport. Mais cela n’a pas empêché le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU d’alerter sur le fait qu’au moins « vingt-deux personnes ont été tuées et plus d’une centaine blessée » (Le Monde). Le président Rajoelina a de son côté minimisé le nombre de victimes, accusant des « casseurs » et des « pilleurs ».

À l’image des manifestations en Indonésie, les insurgés malgaches s’en sont pris aux personnalités proches du président, mettant le feu aux résidences de plusieurs députés, selon Jeune Afrique. Comme en Indonésie toujours, ils brandissent « le drapeau pirate tiré de la série japonaise « One Piece » », symbole de ralliement très prisé par la génération Z. Courrier International, reprenant un éditorial de La Tribune de Madagascar, rappelle en effet la portée hautement symbolique de ce drapeau, qui ne constitue pas seulement un élément du soft power japonais ayant marqué une génération. Ainsi, dans One Piece, « la liberté vaut plus que la gloire ; l’amitié est une force révolutionnaire ; le pouvoir corrompt toujours ; la dignité se conquiert par la loyauté ; et le rire est une arme contre la peur », analyse le journal. L’article du Mauricien rejoint ces propos, citant un manifestant : « Nous ne sommes que des jeunes prêts à changer l’histoire de Madagascar ».

Du côté du pouvoir, c’est le général Ruphin Fortunat Zafisambo qui a été nommé lundi au poste de premier ministre, une nomination qui laisse indifférents les manifestants, annonce TV5 Monde. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’une personnalité très loyale à Andry Rajoelina et que l’arrivée d’un militaire à ce poste peut prêter à l’inquiétude.

Le président avait également invité les représentants de la contestation à venir dialoguer avec lui mercredi 8 octobre mais ces derniers ont refusé, face à la répression féroce du gouvernement. Lors de son intervention le même jour, « Andry Rajoelina a demandé un an pour relever les défis auxquels son pays est confronté, promettant de démissionner s’ils persistent », rapporte la BBC.

Une vidéo de l’IRIS résume très bien l’inscription de la révolte à Madagascar dans la vague de contestations touchant plusieurs pays du sud global, notamment le Maroc, le Népal et l’Indonésie, des contestations caractérisées par le rôle central de la jeunesse. « C’est une jeunesse qui est baignée dans le numérique, et donc qui s’informe, mais qui ne s’informe pas par les biais officiels ou par les biais gouvernementaux. Ils ont aussi en commun d’avoir un bon niveau d’éducation, un bon niveau d’information et en même temps à se heurter à l’absence de perspectives personnelles et professionnelles », analyse Pascal Boniface, géopolitologue et fondateur de l’IRIS, dans son développement. « Ce qui est en cause, c’est la corruption, qu’ils dénoncent dans leurs pays respectifs », poursuit-il. Fossé intergénérationnel, poids démographique de la jeunesse, manifestants formés et informés, effet « tâche d’huile » grâce aux réseaux sociaux… Les raisons de l’interconnexion de ces révoltes sont nombreuses.

En tout état de cause, la contestation à Madagascar n’est pas isolée, aussi bien sur les modes d’action employés que sur les revendications des manifestants. Un même désir de « meilleure vie » s’exprime de Casablanca à Antananarivo.

L’ampleur de ces mouvements nous invite donc à les observer de près.

Une réponse à « Réponse : Pourriez-vous nous éclairer sur les mouvements sociaux à Madagascar ? »

  1. Avatar de stefabloc
    stefabloc

    Merci Charlie pour cet article très clair et bien documenté… effectivement cette génération Z revendicatrice à juste titre, concerne plusieurs pays du Sud global… à suivre!

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Le Courrier des Mondes est un blog personnel étudiant créé en mars 2025 à destination d’un large public et traitant l’actualité internationale sous la forme de revues de presse, d’articles thématiques, de reportages et de réponses aux lecteurs. Le Courrier des Mondes entend mettre en lumière toute la complexité et la diversité du monde dans lequel nous vivons à travers le traitement factuel et sourcé de l’actualité aux quatre coins du globe.

Retour

Votre message a été envoyé

Attention
Attention
Attention
Attention !