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À Charm El-Cheikh, un sommet pour la paix au Moyen-Orient ?

C’est au bord de la mer Rouge, à Charm El-Cheikh en Égypte, qu’une trentaine de pays se sont réunis autour du président étasunien Donald Trump dans l’objectif de discuter d’un plan de paix censé garantir la reconstruction et les conditions d’administration de Gaza sur le long-terme. Une impression d’unité qui cache mal les divisions dans la région, Benyamin Netanyahou ayant refusé de s’y rendre, s’opposant au rôle futur que pourrait jouer l’Autorité palestinienne dans la gouvernance de l’enclave. Sans parler des européens, visiblement tenus à l’écart du processus de paix au Moyen-Orient.

30 pays sont présent au sommet de Charm El-Cheikh, en Égypte (photo : Getty Images).

Le grand retour de la diplomatie

« Ensemble, nous avons réalisé ce que tout le monde disait impossible : nous avons enfin la paix au Moyen-Orient », s’est exclamé Donald Trump ce lundi depuis le centre de conférences de Charm El-Cheikh, port égyptien sur les bords de la mer Rouge. Le locataire de la Maison-Blanche, avide des grandes déclarations hyperboliques, s’adresse ici à une trentaine de leaders mondiaux dont notamment le président turc Recep Tayyip Erdogan, des dirigeants européens à l’image d’Emmanuel Macron et de Giorgia Meloni ou encore de hauts-responsables des Pays du Golfe, réunis en Égypte dans le but de négocier le renforcement du cessez-le-feu dans la bande de Gaza et d’assurer la reconstruction et la gouvernance future de l’enclave. Ce sommet intervient « après un échange d’otages et de détenus entre Israël et le Hamas survenu un peu plus tôt », explique Courrier International. Une situation inédite qui semble venir désamorcer le conflit.

Mais ce n’est qu’une première étape. « Si la première phase du plan de paix est désormais achevée, les prochaines négociations s’annoncent ardues : désarmement du Hamas, retrait de l’armée israélienne de Gaza et création éventuelle d’un État palestinien », rappelle Radio Canada. Ce que l’on appelle désormais le « plan Trump » se déploie donc ici dans son quatrième volet, après le cessez-le-feu, les échanges de prisonniers et le redéploiement de l’aide humanitaire à Gaza. Et déjà les défis s’annoncent.

Des failles déjà saillantes

En effet, « tout le monde n’a pas le même agenda », rapporte Pierre Haski dans la Grande matinale de France Inter, notamment du côté européen et arabe (France et Arabie Saoudite en tête), qui entendent pousser pour remettre sur la table le plan de l’ONU adopté l’été dernier et qui place au centre la création d’un futur État palestinien. État palestinien reconnu par la France et plusieurs autres pays occidentaux en septembre dernier. Les États-Unis, qui avaient fortement critiqué ce plan, ont du mal pour l’instant à prouver que le leur est fiable. Pierre Haski poursuit en affirmant que « le plan de Trump pêche dans sa deuxième phase sur au moins trois points », à savoir l’instance ou la personne qui dirigera Gaza, les conditions de désarmement du Hamas et le statut de la Cisjordanie, que Trump ne semblent même pas vouloir discuter.

Sans compter l’éléphant dans la pièce : l’absence de Benyamin Netanyahou, le premier ministre israélien. « Trump aurait obtenu une invitation pour son allié, mais le dirigeant israélien l’a finalement déclinée, invoquant la fête de Simhat Torah, qui commençait lundi soir », explique le Wall Street Journal. Une excuse un peu faible et qui masque mal l’hostilité de Netanyahou à l’égard de tout plan de paix impliquant l’Autorité palestinienne. Le président de cette dernière, Mahmoud Abbas, était lui bien présent et s’est illustré aux côtés de Donald Trump. La Presse rapporte que cette absence du dirigeant israélien pourrait s’expliquer également par des pressions exercées par la Turquie et d’autres pays de la région pour annuler sa venue et éviter des frictions. La Turquie « entend jouer un rôle dans l’application et la surveillance du cessez-le-feu à Gaza », ajoute le journal.

Et l’Europe dans tout ça ?

Ce que l’on retient pour l’instant de ce sommet en Égypte, c’est que l’Union Européenne semble plutôt en retrait face aux autres acteurs. Individuellement, les dirigeants du Vieux Continent arrivent un peu à sortir du lot et à avancer leurs arguments, notamment Emmanuel Macron, qui souhaite la création d’une « mission internationale de stabilisation » à Gaza. Mais comme d’habitude, Bruxelles peine à parler d’une seul voix, avec des divergences majeures entre dirigeants, de Madrid à Budapest. Pourtant, l’UE devrait jouer un vrai rôle à l’avenir sur la situation en Israël-Palestine, comme l’explique Frédéric Says dans Un jour dans le monde, l’émission d’actualité internationale de France Inter : « D’abord l’Union Européenne va former les futures forces de sécurité palestiniennes, elle va aussi participer à la surveillance des frontières ». Mais le journaliste se demande si celle-ci sera intégrée dans la future administration à Gaza proposée par Donald Trump, et rien n’est moins sûr.

Le journal indépendant Politis va plus loin, et soulève un problème bien plus profond dans le processus en cours : « Les Européens pourraient jouer un rôle positif, et c’est bien pourquoi, en dépit de la demande de Kaja Kallas, représentante de l’UE, Israéliens et Américains ne veulent pas de l’Europe dans ce processus ». Le journal poursuit et souligne les obstacles manifestes sur lesquels risque de se heurter la paix au Moyen-Orient : « Tandis que l’on prétend éliminer le Hamas, les vivres sont coupés à l’Autorité palestinienne, les taxes qui lui reviennent de droit sont scandaleusement détournées par Israël, et les leaders qui pourraient remplacer Mahmoud Abbas, soigneusement maintenus en prison ». Le soutien indéfectible de l’administration Trump à la politique mortifère menée par Netanyahou à Gaza est ici en cause et met en lumière les contradictions de Washington qui entend poursuivre l’idéal de paix au Moyen-Orient tout en restant complaisant à l’égard de Tel-Aviv.

Et cela en sachant que la plupart des gazaouis tentant de retourner chez eux depuis le début du cessez-le-feu vendredi dernier ne trouveront sûrement plus que des ruines. Sans compter que l’aide humanitaire est lente à être acheminée dans l’enclave malgré le fait que « l’Onu et le CICR réclament l’ouverture de tous les points de passage pour accéder au territoire » et que « le plan Trump prévoyait une accélération de l’acheminement de l’aide humanitaire », signale Ouest-France. Et bien sûr, c’est Tsahal qui est à l’origine de cette avancée au compte-goutte, l’armée israélienne attendant que la totalité des otages soient libérés par le Hamas.

Ainsi, le sommet de Charm El-Cheikh semble pour l’instant se reposer sur les premiers objectifs du plan Trump, sans vraiment garantir les conditions de la stabilité et de la paix au Moyen-Orient. Et encore moins celles de la justice, pourtant indispensable après une guerre effroyable de plus en plus dénoncée comme constituant un génocide.

Une réponse à « À Charm El-Cheikh, un sommet pour la paix au Moyen-Orient ? »

  1. Avatar de connoisseurexuberant380338452e
    connoisseurexuberant380338452e

    Merci pour cette synthèse très claire du sommet

    Aimé par 1 personne

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