À Beijing, quelques 300 membres du Parti communiste chinois (PCC) se réunissent depuis ce lundi pour participer au quatrième plénum du parti (réunion plénière de l’assemblée nationale populaire) depuis le Congrès de 2022 afin de mettre en œuvre le plan quinquennal 2026-2030, qui fixera la stratégie économique de la Chine dans les quatre prochaines années. Une réunion qui se tient à un moment où le pays traverse une période incertaine et plusieurs zones de turbulences à l’échelle nationale et internationale.

« Je me dévouerai complètement envers le peuple et je ne le décevrai jamais », peut-on lire sur le bandeau affiché sur la page d’accueil du site du Renmin Ribao, le journal officiel du Comité central du Parti communiste chinois. Ce sont les mots d’un Xi Jinping rayonnant et saluant de la main, en photo à côté du slogan. Comme pour rappeler l’emprise du Parti et du président sur tous les aspects de la vie en Chine.
Plus sérieusement, cette affirmation somme toute très solennelle fait écho à la tenue à huis-clos du quatrième plénum du Parti communiste chinois (PCC), qui a lieu à Beijing du 20 au 23 octobre. Il s’agit en effet de la quatrième réunion du parti depuis la réélection de Xi Jinping pour un troisième mandat à sa tête en 2022. L’objectif de cette réunion plénière, qui réunit « les quelque 200 membres titulaires et 170 suppléants du PCC » (RFI), est notamment de fixer une feuille de route pour la Chine, « qui énonce les priorités sociales et de développement du pays pour le reste de la décennie », précise la chaîne singapourienne CNA. Les cadres du PCC auront donc pour tâche de formuler des propositions qui seront soumises au vote de l’assemblée nationale populaire. Il s’agit là du 15ème plan quinquennal depuis l’ère Mao, qui avait établi une doctrine de planification à la fin des années 1950.
Un plan quinquennal qui traduit les ambitions de puissance de Beijing
Les enjeux du plénum sont cruciaux pour la Chine, qui veut tenter de démontrer sa crédibilité et son statut de deuxième puissance mondiale, et cela passera par le « rééquilibrage de son économie », au cœur du programme, estime l’agence de presse Reuters. « La plupart des observateurs s’attendent à un langage fort de Pékin sur ses intentions de stimuler la consommation », poursuit-elle. Des enjeux essentiellement d’ordre économique donc, avec une priorité donnée aux besoins de la population chinoise. En plus de cela, Xi Jinping souhaite depuis longue date parachever « l’autonomie stratégique » de la Chine, qui passe notamment par la modernisation de ses technologies et l’innovation, comme le confirme The Diplomat : « Ce plan particulier devrait marquer un changement stratégique, passant d’un modèle économique longtemps alimenté par l’investissement dans les infrastructures, le secteur de l’immobilier et les excédents d’exportation à celui dirigé par la technologie de pointe et l’innovation ». L’enjeu est énorme pour Beijing, qui entend réduire sa dépendance économique vis-à-vis de l’Occident et surtout des États-Unis.
Et elle parvient déjà à le faire, comme l’explique The Strait Times (Singapour) : « Les données récentes sur les exportations mettent en évidence la capacité de la Chine à se diversifier du marché américain », avec un accent mis sur les exportations vers l’Europe, l’Asie du Sud-Est et l’Afrique, précise le journal.
Outre les sujets économiques et sociaux, et malgré le fait que très peu d’informations parviennent pour le moment à notre connaissance, il est fort probable que le plénum aborde d’autres thèmes, et notamment « la gouvernance du parti », analyse encore une fois Reuters, qui se base sur les précédentes réunions du PCC.
Mais une autre question capitale est sur la table à l’occasion de ce plénum : la sécurité nationale. « Résister aux États-Unis donnera à Xi Jinping l’occasion de montrer à ses pairs qu’il est respecté sur la scène internationale, y compris par les Américains », explique le site Asialyst, qui met l’accent sur la rivalité sino-étasunienne, exacerbée par le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Et on ne peut s’empêcher de penser que derrière cela se cache la question de Taïwan, considérée comme un sujet de politique et de sécurité intérieures par l’État chinois.
Un pays face à la tempête
Mais ces tentatives pour montrer une Chine forte prête à affronter l’avenir cachent mal la réalité du moment pour le pays.
En interne, le pouvoir de Xi Jinping, encore élargi suite au Congrès de 2022, a été visiblement contesté cet été, avec pour conséquence ce qui ressemble à première vue à un retrait progressif du dirigeant chinois de la scène politique. Asialyst y avait consacré un article en juillet dernier et expliqué que de nouvelles règlementations avaient été édictées, « régissant les organes influents du Parti », ce qui posait la question des limites du pouvoir de Xi Jinping. Toujours est-il que le média se gardait bien d’annoncer la fin prochaine du leader chinois, une personnalité connue pour ses capacités d’adaptation aux tensions internes. Nous avons d’ailleurs rappelé plus haut qu’il était fort probable que le plénum aborde la question de la gouvernance du PCC.
Mais des défis, autrement plus majeurs que la question de la succession du président chinois, se posent autour de ce plénum.
D’abord, l’économie chinoise ne se porte pas aussi bien que ce que voudraient nous faire croire les officiels du PCC, avec « un changement de mentalité chez les jeunes consommateurs chinois, durement frappés par un marché de l’emploi saturé », explique Courrier International, reprenant un article du journal japonais Nikkei. En effet, le quotidien économique constate que la jeune génération commence à surveiller ses dépenses de près alors que des mesures austéritaires sont mises en place par le gouvernement et que les prêts se raréfient, notamment pour les ménages.
La guerre économique généralisée imposée par Donald Trump ne facilite pas non plus les choses. En effet, suite à l’annonce par Beijing au début du mois d’un contrôle renforcé sur les exportations de terres rares, dont bénéficient largement les États-Unis, « Donald Trump a menacé d’imposer un tarif supplémentaire de 100% dès le 1er novembre », écrit Le Monde. Le journal rappelle que jusque là, le président étasunien avait été « conciliant » avec Xi Jinping. Cette menace de guerre commerciale ouverte va assurément à l’encontre de la volonté chinoise de miser sur sa stabilité économique pour assurer son leadership. Et c’est pour cela que la Chine a déclaré vouloir « mener un nouveau cycle de négociations commerciales avec les États-Unis « dès que possible » », explique Hindustan Times. Après cette annonce, le locataire de la Maison-Blanche, visiblement satisfait, a accepté de rencontrer son homologue chinois en Corée du Sud dans deux semaines, une rencontre que Donald Trump avait menacé d’annuler.
Enfin, l’organigramme militaire chinois a subit des changements importants à la veille du plénum du PCC, avec la purge de 9 généraux de haut rang, une des « plus grandes mesures de répression publique contre l’armée depuis des décennies », dont He Weidong, deuxième personnage de l’Armée populaire de libération (APL) après Xi Jinping, précise la BBC. Cette campagne de purges, qui s’inscrit dans le programme anti-corruption du président chinois, n’est pas anodine et témoigne des fortes tensions à l’œuvre au sein du régime et de la volonté de Xi Jinping de faire place nette dans l’objectif d’asseoir son pouvoir, qu’il sent menacé.
En tout état de cause, ce plénum est un évènement important puisqu’il engage la stratégie économique (et politique) de la Chine pour les quatre prochaines années, Chine qui aspire à devenir à terme la première puissance économique mondiale. D’un autre côté, les ralentissements et les tensions manifestes, aussi bien sur la scène internationale que sur le plan intérieur, planent sur le plénum et mettent en jeu la stabilité et la crédibilité du régime chinois.
Il faudra donc surveiller de près ce qui sort de cette réunion et voir plus loin, avec la rencontre entre Trump et Xi prévue en novembre prochain, si celle-ci n’est pas à nouveau annulée…
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