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Présidentielle au Chili : 35 ans après le départ de Pinochet, l’extrême-droite est de retour au pouvoir

Ce dimanche 14 novembre, le candidat d’extrême-droite à l’élection présidentielle chilienne, José Antonio Kast, a battu son adversaire de gauche Jeannette Jara lors du second tour. Avec un peu moins de 60 % des voix, c’est une victoire nette pour cette homme qui vante les années de la dictature de Pinochet (1973-1990) et bénéficie désormais d’une majorité importante au parlement. Cette élection marque aussi l’échec de la gauche, au pouvoir depuis 2022, à proposer un projet de rupture.

Le palais de La Moneda, résidence du chef de l’État chilien (photo : iStock).

C’est donc sans grande surprise que José Antonio Kast, le chef de file du Parti Républicain (PRCh, extrême-droite), a remporté la présidentielle au Chili, dont le second tour se tenait hier, un mois après un premier tour qui avait vu les candidats de droite réunir presque 70 % des votes. Face à lui, Jeannette Jara, communiste et ancienne ministre du travail du gouvernement de Gabriel Boric (l’actuel président), qui était arrivée légèrement en tête à l’issue du premier tour. Mais les reports de voix se sont avérés très favorables à l’extrême-droite.

En effet, Kast a obtenu 58, 2 % des suffrages contre 41, 8 % pour Jeannette Jara, selon des chiffres recueillis par CNN Español, qui montre également à l’aide d’une carte que le candidat d’extrême-droite a remporté la totalité des régions du pays.

La première fois depuis la fin de la dictature

Cette victoire est en de nombreux points inédite, l’extrême-droite se hissant pour la première fois au pouvoir depuis la fin de la dictature militaire sanguinaire d’Augusto Pinochet en 1990. Ce dernier avait mis fin brutalement au gouvernement progressiste de Salvador Allende lors d’un coup d’État appuyé par la CIA en 1973. S’en était suivi une répression féroce contre les opposants politiques de gauche, à l’image d’autres dictatures de la région (Argentine et Brésil notamment). Et José Antonio Kast, comme l’explique Mediapart, est « un nostalgique du régime Pinochet ». Le journal souligne néanmoins que ce paramètre a assez peu joué sur le scrutin : « Le discrédit de la gauche au pouvoir, qui ne s’est pas remise du rejet du processus constituant en 2022, a été plus fort que la mémoire des crimes de la dictature auprès de l’électorat ».

D’ailleurs, José Antonio Kast s’est bien gardé lui même d’en faire l’étalage, cherchant à rallier toutes les composantes de la droite chilienne derrière lui. Le candidat s’est en effet concentré sur « l’insécurité, l’immigration irrégulière et les difficultés économiques », écrit Le Monde. Même si ses partisans n’ont pas manqué de fustiger l’étiquette politique de Jeannette Jara, membre du Parti Communiste Chilien, un élément qui a en partie joué sur le résultat du scrutin.

L’échec de la gauche à proposer une alternative et une campagne axée sur l’insécurité

Cette élection met aussi en lumière la faillite du gouvernement progressiste de Gabriel Boric. Arrivé au pouvoir en 2022 avec la promesse de rédiger une nouvelle constitution pour remplacer celle héritée de Pinochet, Gabriel Boric a raté son pari en échouant à la faire adopter par référendum. Il s’est alors enfermé dans une logique sécuritaire et a modéré son discours, décevant bien des attentes alors que son élection avait été perçue comme un signe de changement.

Mais il faut aussi souligner le cadrage sécuritaire de l’élection de cette année, qui a occulté les questions sociales. La « campagne s’est concentrée presque exclusivement sur la hausse de la criminalité et l’immigration irrégulière, alors même que le Chili reste l’un des pays les plus sûrs du continent, avec un taux d’homicides de 6 pour 100 000 habitants », explique le média argentin Página 12. Des sujets qui ont pu détourner de nombreux électeurs des problèmes réels d’inégalité, dans un pays où les 1 % les plus riches représentent le tiers du PIB.

C’est donc une nouvelle victoire pour l’extrême-droite en Amérique du Sud, après celle de Javier Milei en Argentine en 2023. Ce dernier a d’ailleurs félicité son « ami », en postant ce message sur X : « C’est un pas de plus pour notre région dans la défense de la vie, de la liberté et de la propriété privée ». Les États-Unis, par la voix du secrétaire d’État Marco Rubio, se sont également réjoui de ce résultat.

José Antonio Kast devrait prendre ses fonctions le 11 mars prochain, ouvrant une nouvelle page, incertaine, pour un Chili encore marqué par les stigmates structurels de la dictature. La gauche a promis d’être une opposition « exigeante », dans un parlement désormais largement dominé par la droite et l’extrême-droite.

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