Le Courrier des Mondes

Agression étasunienne au Venezuela : Donald Trump plus interventionniste que jamais

C’est dans la nuit de vendredi à samedi, aux alentours de 2 heures du matin, que l’armée étasunienne a enlevé le président vénézuélien Nicolás Maduro, au cours de l’opération baptisée « Absolute resolve ». Une intervention préparée de longue date qui bafoue les règles du droit international et remet au goût du jour les bonnes vieilles stratégies d’ingérence étasunienne sur le continent américain.

Une vue de Caracas, la capitale vénézuélienne, frappée par l’aviation étasunienne (photo : José Abreu / AFP).

C’est donc ce samedi 3 janvier que Donald Trump a pris la décision d’effectuer un raid sur la capitale vénézuélienne Caracas, dans le but d’enlever Nicolás Maduro, bête noire de la Maison-Blanche depuis longue date et accusé par l’administration Trump de « narcoterrorisme ».

En revenant sur le déroulé de l’attaque étasunienne, The New York Times rappelle qu’en août dernier, « une équipe clandestine d’agents de la CIA s’est infiltrée au Venezuela avec pour mission de recueillir des informations sur Nicolás Maduro ». Les agents ont pu alors s’informer sur les déplacements quotidiens du président et de son entourage et accéder à des taupes. Passées inaperçues, c’est sûrement leurs activités qui ont servi à fomenter l’enlèvement du chef de l’État et de son épouse. Un enlèvement totalement contraire à toutes les règles du droit international, Nicolás Maduro ne faisant pas l’objet d’un mandat d’arrêt.

Transporté en hélicoptère, le président vénézuélien a été emmené dans l’état de New York, où il sera jugé par un tribunal fédéral. Donald Trump a ensuite annoncé que son pays entendait « diriger » le Venezuela en attente d’une transition. Une manière de signifier la volonté du président étasunien de gérer le continent américain comme son arrière-cour, en interne.

Ce coup final intervient après des mois d’attaques étasuniennes sur des navires en provenance du Venezuela, sous prétexte de lutte contre le narcotrafic, et de menaces personnelles de Trump à l’encontre de Maduro. Parlant de « retour de la politique du gourdin », en référence à la doctrine du Big Stick de Theodore Roosevelt (1901-1909), Mediapart met en lumière la nouvelle stratégie d’ingérences des États-Unis dans le monde, beaucoup moins dissimulée et beaucoup plus agressive.

Mais la véritable raison de cette attaque de Washington est bien connue : comme en d’autres temps et en d’autres lieux, notamment en Irak, les États-Unis entendent tirer partie du sous-sol vénézuélien, qui contient les premières ressources en pétrole du monde. Comme au Groenland ou en Afrique équatoriale avec les terres rares, Donald Trump désire faire main basse sur les richesses de ces pays et s’assurer par la même un contrôle sur sa « zone d’influence ». Comme L’Humanité le résume, à cette heure, la Maison-Blanche a « deux objectifs : changement du  »régime » et prise de contrôle du pétrole vénézuélien ». Un plan on ne peut plus clair.

Et Donald Trump ne s’en est pas arrêté au seul Venezuela. Depuis hier, il a également menacé plusieurs autres pays du continent américain, tous dirigé par la gauche ou connus pour leur opposition aux États-Unis. Notamment à l’encontre du président colombien Gustavo Petro : « Il possède des usines où il fabrique de la cocaïne. […] Il fabrique de la cocaïne et l’expédie aux États-Unis, donc il doit vraiment faire gaffe à ses fesses ». Il a également raillé le régime cubain et menacé le Mexique de la présidente Claudia Sheinbaum d’une intervention militaire à la vénézuélienne, signale Le Monde.

C’est désormais clair : les États-Unis se posent ouvertement en puissance d’ingérence et de déstabilisation, promouvant des politiques ultra-conservatrices et encourageant des leaders et mouvements d’extrême-droite à la sauce MAGA partout dans le monde. Nous avions connaissance de l’interventionnisme militaire étasunien et de ses conséquences catastrophiques (Irak, Afghanistan) mais aujourd’hui, c’est Donald Trump qui est aux commandes. Le locataire de la Maison-Blanche, de plus en plus autoritaire dans son pays, ne se cache plus derrière les bonnes intentions de démocratie et de prospérité pour imposer sa volonté aux pays qu’il cherche à dominer. Il entend placer des dirigeants à sa botte dans les capitales sud-américaines et s’approprier les ressources de ces pays pour son propre compte, dans la logique de son slogan « America First ».

Si les leaders occidentaux ont tout de suite rappelé les principes du droit international suite à l’attaque au Venezuela, certains ont tout de même applaudi le départ de Nicolás Maduro. C’est le cas d’Emmanuel Macron : « Le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolas Maduro et ne peut que s’en réjouir », a-t-il déclaré sur X. Le président français ne semble pas avoir pris la mesure de la gravité d’un tel enlèvement. Si une majorité s’accorde pour rejeter le régime autoritaire de Maduro, les conditions de son départ du pouvoir ne signifient en aucun cas la fin des souffrances pour le peuple vénézuélien. Jamais dans l’histoire de l’interventionnisme étasunien un renversement de l’extérieur n’a pu faire advenir la stabilité et la démocratie pleine et entière. Il n’y a qu’à regarder l’Irak pour le comprendre.

L’année 2026 s’ouvre donc sous le feu des États-Unis, alors même que Donald Trump prétendait au prix Nobel de la Paix l’année dernière. Le Venezuela, par l’intermédiaire de sa présidente par intérim Delcy Rodríguez, exige la « libération immédiate » de Nicolás Maduro et affirme que son pays sera prêt à se défendre. De son côté, l’opposante ultra-conservatrice et prix Nobel de la paix María Corina Machado « a publié sur le réseau social X une déclaration appelant à ce que son allié Edmundo González, vainqueur non reconnu de la présidentielle de 2024, soit reconnu immédiatement comme le président du Venezuela », écrit Mediapart.

Le Venezuela se retrouve donc plongé dans l’inconnu, à la merci de la Maison-Blanche, dans un contexte international agressif et désinhibé. Et c’est encore une fois la population qui a le plus à perdre.

3 réponses à « Agression étasunienne au Venezuela : Donald Trump plus interventionniste que jamais »

  1. Avatar de connoisseurexuberant380338452e
    connoisseurexuberant380338452e

    Cet enlèvement est terrifiant, ainsi que les propos de Trump tenus à l’encontre de la Colombie et du Mexique…

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  2. Avatar de fuzzy1e9ad40bea
    fuzzy1e9ad40bea

    encore merci Le courrier des mondes pour ces précisions et ce sens critique face à l’information.

    Aimé par 1 personne

    1. Avatar de Charlie Roux

      Merci à vous de rester fidèle !

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