Le Courrier des Mondes

La cheffe de l’opposition taïwanaise rencontre Xi Jinping à Beijing

Pour la première fois depuis 10 ans, un leader du Kuomintang (Parti nationaliste historique, première force d’opposition à Taïwan) se rendait de l’autre côté du détroit qui sépare l’île du continent. Cheng Li-wun a souhaité réaffirmer sa volonté « d’éviter une guerre », passant par le refus de l’indépendance de Taïwan et l’apaisement des relations avec le voisin chinois, qui souhaite à terme s’emparer de l’île, la considérant comme une partie intégrante de son territoire.

La dirigeante du KMT, Cheng Li-wun, serrant la main au président chinois Xi Jinping à Beijing, le 10 avril (photo : AFP Xie Huanchi/Xinhua).

C’est donc une visite historique qui a eu lieu ce vendredi à Beijing. La cheffe de file de l’opposition nationaliste taïwanaise, Cheng Li-wun, a rencontré le président chinois Xi Jinping, un peu plus de 10 ans après le sommet entre le président taïwanais de l’époque, Ma Ying-jeou (KMT), et le même Xi Jinping.

Devenue présidente du parti historique du Kuomintang en novembre 2025 (autrefois ennemi juré du Parti communiste chinois), Cheng Li-wun a tout de suite affiché sa proximité avec Beijing. Défendant le consensus de 1992, qui pose les base du « principe d’une seule Chine », elle s’oppose fermement à toute déclaration d’indépendance de Taïwan. Cependant, ce consensus ne dit pas ce que recouvre exactement le terme « Chine ».

Cette visite à Beijing était un souhait de longue date de la nouvelle leader.

C’est sur le ton de la coopération et du dialogue qu’elle s’est déroulée, par ailleurs prévue le jour de l’anniversaire de la promulgation du Taiwan Relations Act de 1979 par le congrès étasunien. Un document législatif historique qui permet aux États-Unis de poursuivre des relations diplomatiques avec Taïwan, malgré sa non-reconnaissance de l’île.

« Les deux parties doivent dépasser la confrontation politique, réfléchir ensemble et construire une communauté de destin gagnant-gagnant et prospère pour les deux rives, et chercher une solution systémique permettant de prévenir et d’éviter une guerre », a affirmé Mme Cheng, selon des propos rapportés par Le Monde. « Nous accueillons favorablement toute proposition susceptible de favoriser le développement pacifique des relations entre les deux rives du détroit et nous ne ménagerons aucun effort pour faire avancer toute initiative allant dans ce sens », a quant à lui déclaré Xi Jinping, cité par Le Quotidien du Peuple, journal lié au PCC.

Cependant, en dehors de ces déclarations diplomatiques de bonne volonté, le Taipei Times a relevé une information notable : « Beijing a délibérément programmé la rencontre entre Cheng et Xi avant celle entre Trump et Xi », qui aura lieu les 14 et 15 mai prochains. « Ces dispositions visent clairement les relations entre Taïwan et les États-Unis », poursuit le journal, car Beijing pourrait se servir de la visite pour orienter l’opinion publique taïwanaise en faveur de l’apaisement des relations et arriver en position de force face à Donald Trump.

D’ailleurs, les réactions à cette visite n’ont pas tardé à tomber de l’autre côté du détroit. Plusieurs responsables taïwanais se sont indignés de ce geste, à l’image de Chiu Chui-cheng, président de la commission ministérielle des Affaires continentales (MAC), qui a tenu une conférence de presse sur l’évènement : « La MAC regrette les soi-disant  »propositions » de Xi et Cheng qui s’inscrivent en réalité pleinement dans la politique de longue date du PCC à l’égard de Taïwan, visant à promouvoir l’élimination de la République de Chine » (Radio Taiwan International). En effet, la référence au consensus de 1992 par Cheng Li-wun a été vivement critiquée car ce dernier a été depuis redéfini par la Chine pour mettre en avant son propre principe, celui de « un pays, deux systèmes » avec une Chine unique, celle de Beijing. Sur Facebook, le président taïwanais Lai Ching-te, opposant de Cheng Li-wun, a écrit que « les agissements chinois portaient  »gravement atteinte à la paix et la stabilité régionales » », rapporte La Presse. Son parti, le DPP (pro-indépendance), rejette historiquement le consensus de 1992.

Mais cette visite est davantage symbolique que décisive pour l’avenir des relations inter-détroit. Les observateurs expliquent que « cette initiative s’inscrit dans un contexte de pression militaire continue exercée par la Chine sur Taïwan, ce qui réduit les chances d’une avancée décisive », relate la chaîne singapourienne CNA. Le South China Morning Post, quotidien de Hong Kong proche de Beijing, avance quant à lui que l’apaisement des relations entre Beijing et Taipei « dépend en grande partie du retour au pouvoir du Kuomintang de Cheng à Taïwan ».

En attendant, le pouvoir politique est partagé à Taïwan : le DPP possède la présidence tandis que le KMT est majoritaire (d’une courte tête) au parlement, et a la capacité de bloquer potentiellement tout soutien militaire étasunien au pays. Autant dire que le statu quo est partout.

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