Ce jeudi 17 avril, le président français Emmanuel Macron s’est exprimé sur l’élaboration d’une commission d’historiens chargée de faire la lumière sur la dette imposée par la France, ancienne puissance occupante, au nouvel État indépendant d’Haïti, il y a exactement 200 ans, le 17 avril 1825. Un non sens selon plusieurs spécialistes puisque Haïti avait gagné son indépendance par les armes face aux français, et non l’inverse. Toujours est-il que le discours du président, jugé trop peu ambitieux, n’a pas convaincu outre-Atlantique.

C’était ce jeudi le bicentenaire de la reconnaissance tardive par la France de l’indépendance de son ancienne colonie Haïti, qui était déjà un État souverain depuis 1804, le 17 avril 1825. C’est donc 21 ans plus tard que le royaume de France demande à la jeune nation formée par ses anciens esclaves de lui verser 150 millions de francs-or en guise de réparation d’une supposée offense au travers de la proclamation de son indépendance. C’est à cette occasion que le président français Emmanuel Macron s’est exprimé jeudi 17 avril sur ce sujet, à l’évidence brûlant, dans un élan mémoriel, comme il avait déjà pu le faire au sujet de la guerre d’Algérie. Dans son intervention, le chef de l’État a affirmé sa volonté de mettre en place une « commission mixte franco-haïtienne chargée d’examiner notre passé commun », des propos rapportés notamment par Mediapart. Cet organe de réflexion sera principalement formé par des historiens des deux pays et devra formuler des recommandations « aux deux gouvernements ».
Le remboursement de cette dette inversée avait coûté des années de développement à Haïti. Ce jeudi, la France s’est néanmoins gardée de reconnaître officiellement sa responsabilité, écartant notamment celle de la République et rejetant l’opprobre sur la monarchie. Emmanuel Macron est donc resté vague dans sa déclaration, faisant des envolées lyriques sur l’histoire, alors même qu’il y a là un vrai sujet de fond, Haïti étant « l’État le plus pauvre du continent américain », où règnent le chaos politique et la violence mafieuse. La dette demandée par la France il y a 200 ans est une des conséquences de cette situation selon plusieurs historiens et membres d’associations de mémoire.
La parole présidentielle a ainsi été tièdement, ou du moins prudemment, accueillie de l’autre côté de l’Atlantique. Le journal haïtien Le Nouvelliste explique que sur l’île, « l’urgence est autre aujourd’hui ». Il cherche à souligner bien sûr la crise profonde que traverse le pays, considéré par de nombreux observateurs comme failli, et appelle la France à s’impliquer davantage dans le soutien économique qu’elle pourrait lui apporter. Sur le plan diplomatique également, le journal pointe le rôle important que devrait jouer le gouvernement français pour faire entendre la voix haïtienne sur la scène internationale.
D’autre part, des réticences montent à l’égard de cette commission d’historiens encore floue mais qui exclut déjà la question des réparations, et surtout de l’indemnisation. Le juriste international Alejandro Teitelbaum explique ainsi sur Mediapart qu’il s’agirait de « respecter » le peuple haïtien, alors que la France a rarement tenu ses engagements de réparation à l’égard de ses anciennes colonies et que les démarches mémorielles entreprises sous Macron se sont souvent soldées par des abandons.
Sources :
https://blogs.mediapart.fr/aleteitelbaum/blog/180425/haiti-histoire-dun-genocide-et-dun-ecocide
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