Le Courrier des Mondes

Réponse : Que fait l’opposition étasunienne pour contrer l’extrémisme de Donald Trump ?

Je vais aujourd’hui répondre à la question posée par Emmanuelle.

En effet, depuis janvier dernier, c’est Donald Trump qui occupe le centre de l’attention en ce qui concerne la politique étasunienne. Chose compréhensible puisque sa méthode consiste à être partout tout le temps, aussi bien sur la scène nationale qu’internationale.

On pourrait presque croire que la gauche (ou le centre-gauche) étasunienne s’est faite emporter avec la vague trumpiste de 2024.

Et pourtant, des transformations sont à l’œuvre chez les démocrates, qui cherchent à se défaire de l’image laissée par Joe Biden et qui sont, il faut bien le dire, traversés par de multiples divisions. Ce qui est logique lorsque la vie politique ne laisse place qu’à deux grands partis. Ceux-ci ne peuvent que se diluer en tendances. Au parti républicain, la figure de Trump oblige la formation politique à se rassembler derrière lui, par peur d’être désavoué. Même si l’on a vu plusieurs personnalités de la droite étasunienne, à l’instar de Liz Cheney, se rallier à Kamala Harris lors de la dernière présidentielle (comme l’explique un article de Libération).

Et oui, une partie des démocrates ont cherché à rétablir un rapport de force avec le pouvoir, aussi bien sur le terrain que lors d’élections locales.

D’abord, il y a eu la campagne Fight Oligarchy, menée au printemps dernier par l’intarissable sénateur du Vermont Bernie Sanders (élu indépendant) et l’égérie de l’aile progressiste du parti démocrate Alexandria Ocasio-Cortez. À l’époque, Elon Musk était encore à la tête du Doge, le ministère dit « de l’efficacité gouvernementale », et appliquait des coupes budgétaires démesurées à l’administration publique. La tournée « a attiré une affluence record », explique L’Humanité, signe qu’une partie de l’opposition n’a pas renoncé à se battre contre Donald Trump. En tout cas, l’objectif de Fight Oligarchy était bel et bien de remobiliser les électeurs démocrates autour de thèmes résolument progressistes pour contrer la mainmise sur l’État des grands patrons de la tech alliés à Donald Trump : « accès aux soins de santé, droits des travailleurs, réduction des inégalités sociales » (La Presse). Interviewé par la chaîne Vermont Public le 9 septembre dernier, Bernie Sanders s’explique sur la suite de son mouvement, qui semble pour l’instant légèrement à l’arrêt : « nous essayons de construire un mouvement, souvent des jeunes, des gens de la classe ouvrière, pour nous impliquer dans le processus politique, parce que j’ai toujours cru que le vrai changement a lieu du bas vers le haut, plutôt que du sommet vers le bas ».

Autre figure du parti démocrate à s’être illustré dans son opposition à Donald Trump : le gouverneur de Californie Gavin Newsom. Ce dernier s’est très vite rangé derrière les opposants au locataire de la Maison-Blanche, alors que Trump l’avait accusé d’être responsable des méga feux survenus en Californie en janvier 2025, quelques jours avant son investiture. Et depuis quelques temps, « pour contrer le Président et se distinguer de ses rivaux démocrates, il adopte le style de Trump sur les réseaux sociaux » explique Ouest-France. Gavin Newsom a même repris un de ses slogans, Make America Great Again, pour le transformer ironiquement en Make America Gavin Again (Le Huffpost). Une manière de « combattre le feu par le feu » pour un homme qui était connu autrefois pour son style polissé. « Gavin Newsom est une voix que l’on commence à écouter, au-delà même des réseaux sociaux », affirme Sud-Ouest, qui ne manque pas de souligner la popularité en berne du parti démocrate et le silence de ses plus grands représentants, au premier rang desquels Barack Obama et le couple Clinton.

En plus de cela, la bataille anti-Trump s’est aussi menée cette année sur le terrain électoral, avec la victoire en juin, aux primaires démocrates pour la ville de New York, du candidat le plus progressiste, Zohran Mamdani. Une gifle pour l’establishment démocrate de la ville et un signal envoyé au parti. Face à un Donald Trump toujours plus radicalisé, les électeurs démocrates semblent désirer des représentants résolument ancrés à gauche. Et Zohran Mamdani n’y est pas allé de main morte, déclarant sur la chaîne NBC après son élection : « Je ne pense pas que nous devrions avoir des milliardaires parce que, franchement, c’est tellement d’argent dans un moment où il y a une telle inégalité ». Une déclaration qui a fait l’effet d’une bombe dans un pays où la méritocratie règne en maître. Mais il pointe là une réalité aux États-Unis, qui est que « l’explosion du nombre de milliardaires s’est accompagnée concrètement d’un affaiblissement de la croissance et de la productivité » (Mediapart). Même si cette élection a eu lieu à New York, dans une ville profondément démocrate, sa désignation pour l’élection municipale de novembre prochain a fait réagir jusqu’à la Maison-Blanche, Donald Trump traitant Zohran Mamdani de « petit communiste ».

Outre le parti démocrate, on a vu se mobiliser la population étasunienne depuis l’investiture de Donald Trump. Le mot d’ordre No kings a rallié des millions de personnes dans les rues en juin dernier, « des plus grandes cités jusqu’à des communes plus reculées, le long des routes et sur les ponts, devant des bâtiments publics et dans des parcs », écrivait Le Monde. À Los Angeles, des émeutes ont éclaté contre les arrestations arbitraires d’exilés hispaniques effectuées par le redoutable ICE, une sorte de milice étatique dont les méthodes ont profondément choqué le pays. Ludivine Gilli, de la Fondation Jean Jaurès, souligne dans un article publié hier la sous-médiatisation de ces contestations venues de la société civile, en rappelant des chiffres sans appel : « en 2025, on dénombre plus de trois fois plus d’événements protestataires qu’en 2017, première année du premier mandat de Donald Trump » (des données récoltées par le Crowd Counting Consortium). Certes, ce ne sont pas des mobilisations d’ampleur, mais leur nombre est sans conteste beaucoup plus important qu’il y a 8 ans. Les atteintes à la démocratie, le sujet de la répression de l’immigration (avec l’ICE notamment), la notion de droits et la question israélo-palestinienne sont parmi les mentions les plus récurrentes. Ludivine Gilli ne manque pas d’ailleurs de préciser que ces contestations pourraient favoriser le parti démocrate aux élections de mi-mandat de novembre 2026, qui donnent très souvent tort au parti au pouvoir. Néanmoins, elle signale aussi les divisions internes du parti sur les thèmes économiques et sociétaux, qui pourraient altérer sa reconstruction.

En tout état de cause, c’est de la rue que vient la principale force de contestation à Donald Trump, même si des figures connues tentent de sortir du lot, comme Gavin Newsom, Bernie Sanders ou encore Alexandria Ocasio-Cortez. Les prochaines dates de mobilisation à venir montrent que la population reste engagée dans le combat contre la dérive autoritaire de Donald Trump.

Les élections à venir seront aussi déterminantes dans la stratégie du parti démocrate pour battre le trumpisme. À New York, en novembre prochain, Zohran Mamdani sera fort probablement élu, à regarder les sondages. Plus qu’une victoire locale, ce succès à venir pourrait être le début de la définition d’une marche à suivre pour le parti démocrate afin de reconquérir un électorat visiblement désespéré mais aussi très en colère contre le locataire de la Maison-Blanche.

Je ne peux que vous inviter, Emmanuelle, à suivre de près ces évènements.

2 réponses à « Réponse : Que fait l’opposition étasunienne pour contrer l’extrémisme de Donald Trump ? »

  1. Avatar de fuzzy1e9ad40bea
    fuzzy1e9ad40bea

    merci beaucoup le courrier des mondes !
    quelle clarté dans ce compte rendu, je suis « rassurée «  de savoir qu’une opposition démocrate existe aux États Unis.

    Aimé par 1 personne

  2. Avatar de connoisseurexuberant380338452e
    connoisseurexuberant380338452e

    Article intéressant sur une possible voie davantage de gauche au sein du partie Démocrate.

    Aimé par 1 personne

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