Le Courrier des Mondes

Opinion : Pourquoi le slogan « America First » trouve-t-il tout son sens dans l’interventionnisme de Donald Trump

Une question nous taraude depuis l’enlèvement de Nicolás Maduro samedi dernier : pourquoi Donald Trump, tête de pont de l’isolationnisme aux États-Unis, soutenu par une base qui rejette les interventions militaires passées du pays, se met-il à jouer de nouveau la partition des gendarmes de la planète ? C’est vrai, quel intérêt a le président des États-Unis à intervenir militairement sur un sol étranger sinon celui de tomber dans le piège qu’ont connu ses prédécesseurs ?

Lors de toutes ses campagnes, dans tous ses discours, Donald Trump a répété et répété qu’il mettrai fin aux guerres menées par les États-Unis à travers le monde et fustigé l’aventurisme dont ont fait preuve des George Bush ou des Barack Obama. Et cette rhétorique se déployait sous un slogan : « America First », l’Amérique d’abord. Un cri de ralliement populiste par excellence devenu devise de la sphère MAGA pour marteler le repli étasunien et signifier la fin des engagements multilatéraux de Washington. Le terme, inventé par le président démocrate Woodrow Wilson au début du siècle dernier, a donc fait de vieux os. Il s’agissait déjà à l’époque d’écarter les États-Unis des conflits internationaux, ici la Première guerre mondiale. Avec Donald Trump, le slogan s’étend également au retrait de Washington des traités et organisations internationaux.

Le premier constat, de base, que nous pouvons faire est le suivant : le tournant politique isolationniste prôné par America First n’a pas atteint sa pleine puissance sous la première présidence Trump. Les États-Unis sont bel et bien restés dans l’OTAN et Donald Trump a maintenu un agenda guerrier au Moyen-Orient (frappes en Irak et en Syrie notamment). Il faut dire que le locataire de la Maison-Blanche n’a pas échappé à l’obsession pour la politique étrangère de ses homologues qui l’ont précédés.

Depuis sa réélection en 2024, Donald Trump n’a pas arrêté les déclarations provocantes à l’égard de nombreux États à travers le monde. À tel point qu’on a pu se demander si le milliardaire n’avait pas jeté l’America First aux oubliettes de l’histoire.

Or, bien au contraire, la Maison-Blanche semble avoir profondément élargi la définition de la formule. Les intentions belliqueuses du président étasunien lui donnent toute sa cohérence. Et voici pourquoi.

Donald Trump est à la base un homme d’affaires, un magnat de l’immobilier new-yorkais, évoluant dans « un milieu de tueurs », pour reprendre les mots du diplomate Gérard Araud. Cet environnement impitoyable a formé chez lui une mentalité agressive et coercitive. Son objectif en tant que businessman est d’accroître sa puissance, et donc de sans cesse repousser des frontières. Il rejoint ainsi déjà le mythe étasunien de la frontier, l’idée d’un territoire en perpétuel mouvement d’expansion (sur terre, sur mer, dans l’espace).

Ce mythe est sans nul doute un mythe impérial. Les empires n’ont pas de frontières fixes, ils se projettent dans des espaces flous qu’ils entendent occuper, exploiter et soumettre. Les seules frontières sont en réalité des marches, des bordures. La Russie, au travers de la doctrine eurasiste, est un exemple frappant de vision impériale.

Par l’idée d’America First, Donald Trump entend donner la priorité à son pays, on le sait. Mais avec l’enlèvement de Nicolás Maduro et ses déclarations menaçantes à propos du Groenland et de l’Amérique latine, le locataire de la Maison-Blanche fait sien un concept développé à la base pour décrire la puissance russe : l’étranger proche. Autrement dit, la sphère ou la zone d’influence d’une puissance.

En s’attaquant aux nations et aux territoires du continent américain, Donald Trump ne s’attaque pas à des pays étrangers. Il considère le continent comme son pré-carré, ce qui lui permet, à mon avis, de se dédouaner de toute dénonciation d’un quelconque interventionnisme et de toute accusation d’ingérence. Donald Trump se sent chez lui, les États-Unis pour lui ne s’arrêtent pas à la frontière mexicaine ni aux rivages de l’Atlantique nord. Les États-Unis, c’est l’Amérique. D’où l’emploi du terme « America ». Et si Nicolás Maduro est jugé par un tribunal fédéral de New York comme n’importe quel autre justiciable étasunien, si Washington entend prendre directement le pouvoir à Caracas, c’est parce qu’elle considère quelque part que le Venezuela est une partie de son territoire. Ici, pas de frontières, uniquement une « zone » mouvante et modulable en fonction des considérations idéologiques de la Maison-Blanche.

L’Amérique « en premier » ne signifie donc pas le retrait et le repli à l’intérieur des frontières politiques des États-Unis, mais bel et bien la primauté des intérêts étasuniens sur sa sphère d’influence, son étranger proche, qui on l’a bien compris en ce début d’année 2026, intègre tout le continent américain dans son ensemble.

Ce premier éditorial a aussi pour but de vous expliquer pourquoi Le Courrier des Mondes n’emploie jamais les termes « Amérique » ou « américain » pour parler des seuls États-Unis. Je crois que nous vous l’avons démontré ici. Il ne faut jamais prendre à la légère les termes qui tendent à élargir un espace plus réduit par simplicité, qui créent de la confusion et qui servent à terme les discours expansionnistes.

Une réponse à « Opinion : Pourquoi le slogan « America First » trouve-t-il tout son sens dans l’interventionnisme de Donald Trump »

  1. Avatar de connoisseurexuberant380338452e
    connoisseurexuberant380338452e

    Très bon article!

    Aimé par 1 personne

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