Depuis le milieu du mois, les forces armées syriennes, sous l’autorité du nouveau président Ahmed al-Charaa, attaquent les territoires sous contrôle des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), bras armé des Kurdes de Syrie. La ville de Kobané, située dans la région autonome Kurde du Rojava, est encerclée par les troupes de Damas et subit un siège qui a déjà fait de nombreux dégâts. Une situation qui laisse craindre le pire pour les Kurdes et remet fortement en doute la bonne foi du nouveau régime syrien.

C’est le 13 janvier que les forces de Damas ont lancé une offensive contre les Forces Démocratiques Syriennes (FDS), à majorité Kurde, dans le nord-est de la Syrie, dans l’objectif de prendre le contrôle des territoires sous leur commandement. Celle-ci s’est avérée relativement brève, l’armée d’Ahmed al-Charaa, nouvel homme fort de la Syrie, reprenant des villes stratégiques aux force Kurdes, à l’image de Raqqa, ancienne capitale de l’État islamique.
Les FDS se sont alors retirées dans les enclaves encore peuplées majoritairement de Kurdes, qui comprend Kobané, une ville d’environ 45 000 habitants, théâtre d’une bataille majeure entre Daech et les forces Kurdes en 2014, au cours de la guerre civile syrienne. Elle avait finalement été reprise par ces derniers mais fut ensuite régulièrement bombardée par l’armée turque, qui considère les groupes armés Kurdes comme des « terroristes ». Aujourd’hui, le président turc Recep Tayyip Erdogan soutient l’offensive syrienne et appelle à l’élimination de la résistance Kurde.
Cette mise en contexte est importante pour comprendre ce qu’il se joue actuellement dans la région autonome du Rojava (le Kurdistan syrien), officiellement appelée « Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES) ».
De premières attaques en décembre dernier
En décembre 2025 et au début du mois de janvier 2026, des affrontements avaient déjà éclaté dans la région d’Alep, deuxième ville de Syrie, forçant les FDS à s’en retirer. Le journal Le Monde avait écrit à ce propos : « L’armée a exigé, mardi, que les forces kurdes qui contrôlent l’est d’Alep ‘‘se retirent vers l’est de l’Euphrate », le fleuve qui coule dans le nord de la Syrie ». À ce moment là, plusieurs observateurs soupçonnait déjà Damas de vouloir « préparer ‘‘une attaque à grande échelle » contre les Kurdes ».
C’est effectivement ce que nous avons décrit précédemment. Une offensive éclair qui laisse par ailleurs derrière elle de nombreuses exactions. Les forces de Damas prenant le contrôle des provinces de Raqqa et de Deir-ez-Zor, autrefois bastions de Daech et libérées par les Kurdes appuyés par les États-Unis en 2019, les FDS ont dû faire retraite vers la ville de Hassaké. En parallèle, l’armée syrienne encerclait Kobané.
Les États-Unis ont de leur côté tenté une médiation entre les deux parties, menant à une trêve le 18 janvier, après des pourparlers entre Ahmed al-Charaa et le chef des FDS, Mazloum Abdi, offrant une perspective de cessez-le-feu et l’intégration du Rojava à l’État syrien. Mais ce qui est annoncé ne se confirme en aucun cas sur le terrain.
Des massacres rapportés durant le cessez-le-feu et un silence inquiétant
En effet, la trêve n’a pas permis l’apaisement. Plusieurs ONG ont signalé, dans la foulée de l’annonce du cessez-le-feu, « des massacres systématiques contre des civils dans des villages entourant la ville de Kobané » attribués à l’armée syrienne, selon Kurdistan24. Le site parle également d’un « nombre important de femmes et d’enfants ». Des alertes reprises par L’Humanité, qui cite la commandante des Unités de protection de la femme (YPJ) Rohilat Afrin, qui parle de « risques de nettoyage ethnique » et de « violences pires que Daech ».
À Kobané, l’armée d’al-Charaa assiège la population, ce qui a déclenché une crise humanitaire qui, à tous les points de vue, s’aggrave. L’électricité, l’eau et Internet ont été coupés. La nourriture et les médicaments viennent à manquer.
Mediapart relaye également les cris d’alerte de la communauté Kurde en France, donnant la parole le 23 janvier dernier à E. Jiyan Amed B., lecteur et contributeur du journal. L’homme s’alarme du silence assourdissant de la communauté internationale face à ce qu’il se passe actuellement au Rojava : « Ce qui se joue aujourd’hui au Rojava n’est ni un “clash”, ni un épisode local, ni un conflit périphérique. C’est une guerre réelle, une préparation au génocide. Une guerre menée contre des populations civiles, contre une expérience politique, contre une idée même de coexistence. » Il souligne la volonté du pouvoir de Damas de « recréer le chaos », avec la libération de milliers d’ex-combattants de l’État islamique, dont les Kurdes furent une cible notoire. Il développe longuement sur les errances et les sacrifices de son peuple et la nécessité de protéger son héritage, ses institutions et sa culture politiques. Il n’hésite pas par ailleurs à qualifier Ahmed al-Charaa d’« islamo-fasciste » et inscrit son action dans un continuum de violence de la part du pouvoir syrien à l’égard des minorités du pays.
La situation actuelle au Kurdistan syrien mérite donc toute l’attention internationale. Dans une époque de plus en plus troublée, il est nécessaire de redoubler de vigilance face aux choix politiques qui amènent aux pires atrocités. D’autant plus que nous ne découvrons pas cet état de fait dans cette région.
Répondre à Charlie Roux Annuler la réponse.