L’homme d’affaires et opposant le plus influent du régime de Pékin à Hong Kong, Jimmy Lai, a été condamné ce lundi à une peine de prison de 20 ans pour complot et sédition. Une sentence prononcée plus de cinq ans après son arrestation, en août 2020. Explications.

Le 10 août 2020, le milliardaire et magnat des médias Jimmy Lai était arrêté à son domicile de Hong Kong pour collusion présumée avec des forces étrangères et fraude, en vertu de la loi sur la sécurité nationale, imposée un peu plus tôt par la Chine à la Région administrative spéciale de Hong Kong, jusque là encore relativement épargnée par la coupe autoritaire de Pékin.
Cinq plus tard, à la fin d’un procès de plus de cent-cinquante jours, M. Lai a finalement été condamné à une peine d’emprisonnement de 20 ans par le tribunal de West Kowloon (Hong Kong).
Un acteur clé de la résistance hongkongaise à la Chine continentale
Jimmy Lai était le propriétaire du journal Apple Daily, publié à Hong Kong entre 1995 et 2021. Il était l’un des seuls titres de presse ouvertement pro-démocratie et critique à l’égard du Parti communiste chinois. Le journal avait finalement été perquisitionné moins d’un an après l’arrestation de son fondateur, amenant à l’arrestation de plusieurs responsables et au gel de plusieurs millions de dollars d’actifs.
Aujourd’hui, M. Lai est accusé d’être passé par son journal « pour faire pression sur des pays étrangers afin qu’ils imposent des sanctions, des blocus ou d’autres mesures hostiles à la Chine et à Hong Kong », détaille le média indépendant Hong Kong Free Press (HKFP).
Au-delà de la personnalité centrale de Jimmy Lai dans ce jugement, on retrouve également huit autres coaccusés, à savoir « six anciens dirigeants d’Apple Daily et deux militants pro-démocratie », précise Courrier International, qui ajoute que tous « ont préféré plaider coupable » contrairement au milliardaire. Ce qui ne les empêchent pas d’écoper eux aussi de lourdes peines de prison.
Du côté des responsables chinois et hongkongais, ces derniers étant désormais totalement assujettis à Pékin, cette condamnation suscite sans surprise des réactions de satisfaction, comme le relève HKFP : « Lai Chee-ying a commis de nombreux crimes odieux, et ses mauvaises actions étaient hors de mesure » (Lee Ka-chiu, chef de l’exécutif de Hong Kong, qui ajoute avec culot que cette décision « témoigne du fait que l’État de droit est maintenu et que la justice est rendue ») ou encore « C’est raisonnable, légitime et légal » (Lin Jian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères).
Des propos qui tranchent avec ceux des proches de Lai et des ONG de défense des droits humains qui s’alarment de cette condamnation et des peines « atrocement lourdes » (Le Monde) prononcées lundi : « Cette décision de justice souligne l’effondrement complet de la liberté de la presse à Hong Kong et le mépris profond des autorités pour le journalisme indépendant » (Thibaut Bruttin, Directeur général de Reporters sans frontières, cité par HKFP).
Une condamnation qui confirme la puissante régression des libertés à Hong Kong
À nouveau, cette condamnation illustre le progressif démantèlement des dernières structures démocratiques de Hong Kong, ancienne colonie du Royaume-Uni rétrocédée à la Chine en 1997, et qui avait pu bénéficier pendant plusieurs années du principe « un pays, deux systèmes », lui permettant de conserver un système politique et juridique hérité de la période britannique.
Mais après la révolution de 2019, dont Jimmy Lai était un « ardent partisan », Hong Kong « a été méthodiquement écrasée », avec l’instauration par la Chine de la Loi sur la sécurité nationale, explique Pierre-Antoine Donnet dans Asialyst. Ce dernier précise que cette législation « prévoit des peines allant jusqu’à la détention à perpétuité pour les »crimes » de sédition ou complot visant à renverser les autorités en place ». Et le procès de Jimmy Lai fut très certainement « un baromètre de la liberté de la presse et de la liberté d’expression à Hong Kong ».
Côté électoral, le système est également minutieusement verrouillé. En plus du fait que le chef de l’exécutif, la plus haute autorité politique à Hong Kong, était déjà choisi par Pékin, les élections ont lieu sous un nouveau code électoral adopté pour le scrutin de 2021, qui garantit « que seules les figures « patriotiques » puissent courir pour des positions de pouvoir », explique la BBC, autrement dit les candidats désignés par le pouvoir chinois. En parallèle, le nombre de sièges au parlement avaient été très fortement réduits.
Pour échapper à la répression et à la restriction drastiques des droits à Hong Kong, de nombreux habitants ont alors pris la route de l’exode.
En bref, cette condamnation est un ultime signal envoyé au monde qui démontre la prise de plus en plus puissante et féroce de Pékin sur Hong Kong, alors que le principe « un pays, deux systèmes » semble enterré depuis longtemps déjà. Un signal qui illustre une réalité décrite par Jimmy Lai dont voudrait bien se passer le pouvoir chinois : « Plus vous êtes au courant, plus vous êtes libre ».
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