Avec trois victoires en décembre au Chili et ce mois-ci au Pérou et en Colombie, l’extrême-droite sud-américaine se réinstalle au pouvoir dans bon nombre de pays du continent. Faut-il y voir la main de Washington et le résultat de la politique étrangère de Donald Trump ? Quels sont les ressorts de cette dynamique réactionnaire ?

« Entouré de milliers de personnes, l’homme d’extrême droite a proclamé que ce dimanche « une nouvelle ère naissait, un changement d’ordre » », écrit le quotidien espagnol El País, après la victoire d’Abelardo de la Espriella à l’élection présidentielle colombienne de dimanche dernier. En parallèle, le second tour de l’élection présidentielle au Pérou semble avoir donné un léger avantage à Keiko Fujimori, fille de l’ancien dictateur Alberto Fujimori (1990-2000) et figure de proue de l’extrême-droite dans le pays, ayant été finaliste des trois dernières élections présidentielles. « L’Office national des processus électoraux (ONPE) a indiqué qu’avec 99,716 % des procès-verbaux dépouillés, la candidate de Fuerza Popular, Keiko Sofía Fujimori Higuchi, recueille 50,111 % des suffrages valides lors du deuxième tour de l’élection présidentielle de 2026 », a annoncé sur son site le journal El Peruano. Une victoire très courte, mais qui lui ouvre tout de même les portes du pouvoir.
En décembre dernier, c’était le Chili qui tombait dans l’escarcelle de l’extrême-droite avec l’élection de José Antonio Kast, face à la candidate de l’union de la gauche Jeannette Jara. Fils d’un ancien officier de la Wehrmacht, il avait largement remporté le second tour.
Une tendance générale sur le continent
Ces trois victoires viennent s’ajouter aux autres pays où les forces réactionnaires et autoritaires sont déjà au pouvoir : le Salvador de Nayib Bukele, l’Équateur de Daniel Noboa, la Bolivie de Rodrigo Paz Pereira et bien sûr l’Argentine de Javier Milei. Le continent se colore donc peu à peu de bleu et de brun, d’où émergent deux mastodontes, le Brésil et le Mexique, là où la gauche est encore aux commandes. Dans ce dernier pays, la présidente Claudia Sheinbaum enregistre d’ailleurs des records de popularité.
Il est à noter que la plupart de ces scrutins se sont déroulés après la réélection de Donald Trump en novembre 2024. Un alignement sur Washington n’est ainsi pas à exclure.
Mediapart explique cependant cette tendance de manière plus large et étendue dans le temps : « Le résultat, c’est que la gauche a été victime d’un vent de « dégagisme » qui souffle de manière structurelle sur le continent sud-américain », avec « un climat favorable à l’extrême droite ». Les frustrations causées par des politiques progressistes moins ambitieuses ces dernières années ont en partie amené à cette situation. Les sujets sécuritaires sont alors mis au centre de la table, comme c’est le cas en Colombie, au Chili, au Salvador ou encore en Équateur. Ces prises de positions s’accompagnent également de politiques économiques ultra libérales voire libertariennes, comme c’est le cas en Argentine, qui ne sont pas pour déplaire à l’administration Trump.
Les États-Unis de Trump comme référence majeure
Thomas Posado, maître de conférences en civilisation latino-américaine contemporaine à l’Université de Rouen Normandie explique ce phénomène et son rapport au locataire de la Maison-Blanche, dans un article du 28 avril dernier : « Les extrêmes droites latino-américaines se sont souvent distinguées par leur suivisme à l’égard de la puissance états-unienne. Le sommet « Bouclier des Amériques » convoqué le 7 mars 2026 par Donald Trump en Floride est l’illustration de cette tendance. Il est parvenu à rassembler les présidents déjà mentionnés de l’Argentine, du Chili et du Salvador, mais aussi leurs homologues d’une droite a priori plus modérée de Bolivie, du Costa Rica, de l’Équateur, du Honduras, du Panama, du Paraguay, de République dominicaine et de Trinité-et-Tobago ». Une dynamique donc très large qui dépasse les pays dirigés par des leaders issus de l’extrême-droite. Le chercheur mentionne également la « doctrine Donroe », qui aspire à préserver le continent américain comme chasse-gardée des États-Unis, qui aurait pu jouer sur ces différentes victoires électorales, via des ingérences de Washington. Ce qui ne serait pas étonnant vu les agissements d’Elon Musk, propriétaire de X et fervent soutien et acteur de la politique étrangère actuelle de la Maison-Blanche.
Mais il y a évidemment d’autres facteurs explicatifs à cette montée en puissance de l’extrême-droite et du néo-fascisme en Amérique latine, comme le détaille Jean-Jacques Kourliandsky pour l’Institut Jean Jaurès : « le recours massif à des supports technologiques de communication (blogs, réseaux sociaux, WhatsApp), ainsi que l’instrumentalisation des confessions évangéliques, de leurs médias et de leurs cadres » jouent également dans cette dynamique. Or, ces éléments sont encore une fois les produits de l’influence étasunienne dans cette région.
Ces bouleversements nous forcent donc à nous tourner vers le Brésil, où se déroulera en octobre prochain l’élection présidentielle, qui verra s’affronter le leader de la gauche et actuel président Luiz Inácio Lula Da Silva contre le fils de l’ex-président d’extrême Jair Bolsonaro, Flavio Bolsonaro. Même si Lula est en tête dans les sondages, le pays n’est pas à l’abri de retomber à nouveau dans le camp de l’extrême-droite.
Laisser un commentaire