
Cinquième et Sixième étapes du voyage : Hambourg et Berlin.
Gares d’arrivée : Hamburg Hauptbahnhof et Berlin Hauptbahnhof.
Hambourg : Un port tourmenté, une ville en mouvement
À première vue, Hambourg est une ville de passage, où l’on ne s’arrête pas. Elle se laisse difficilement apprivoiser, avec son style écorché vif et son architecture aux froides encoignures. On apprend avec elle à s’y sentir à l’aise, à mesure que l’on parcourt ses rues. Du port au vieux quartier historique, un dédale de briques et de pavés vous transportent au gré d’une ville marquée par l’histoire.
Premier quartier : la vieille-ville et le port. C’est au cœur de la vieille-ville que l’on retrouve la fameuse église Saint-Nicolas. Ou ce qu’il en reste. En effet, celle-ci subit le violent incendie de la ville en 1842, amenant les habitants à la reconstruire partiellement puis entièrement en 1863. Néanmoins, tragique de l’histoire, elle fut bombardée et à nouveau détruite en 1943, au cours d’un raid allié. Jamais reconstruite, elle est désormais un monument témoin de la seconde guerre mondiale, dont le clocher est visitable par ascenseur.
Ensuite, plus au sud, se trouve le port de Hambourg, avec ses imposants entrepôts de briques qui plongent directement dans les canaux, ce qui est impressionnant en visite de nuit par bateau. C’est ici que se trouve l’Elbphilharmonie, salle de concert symphonique, qui comme son nom l’indique se trouve au bord de l’Elbe, le fleuve qui traverse la ville. Cet édifice, inauguré en 2017, imite dans son architecture la forme des vagues, le tout posé sur un socle de briques orangées typiques de Hambourg. De nuit, son sommet en verre s’éclaire de milles lumières qui se reflètent sur la noirceur de l’Elbe.

Le port de Hambourg est l’un des plus importants d’Europe. On en prend vraiment la mesure en le visitant en bateau. Entre porte-conteneurs chinois, grues massives et quais immenses, le port de Hambourg, qui donne accès à la Mer du Nord, est le troisième d’Europe après Rotterdam (Pays-Bas) et Anvers (Belgique).
Vous l’aurez compris, l’architecture est un sujet incontournable lorsque l’on parle de Hambourg. Et en termes de bâtiments hors du commun, la ville nous réserve un monument des plus troublants et terrifiants : le Green Bunker, dans le quartier de St. Pauli. Avec son allure écolo et alternative, le lieu ne semble pas à première vue sortir des pages les plus sombres de l’histoire. Et pourtant, il s’agit d’un gigantesque bloc de béton construit par des milliers de travailleurs forcés employés par les nazis en 1942 afin de se défendre des raids aériens des Alliés sur Hambourg. Destiné à l’évacuation de la population de la ville, il compte parmi les plus grands bunker jamais construits. Il a pu accueillir jusqu’à 25 000 personnes, au plus fort des bombardements.
Entre 2019 et 2024, le lieu a été fermé au public pour y aménager des étages supplémentaires végétalisés (d’où le nom de Green Bunker) et un « sentier de montagne » qui fait le tour de la structure et amène les touristes jusqu’à son sommet.

Hambourg est ainsi une ville à part entière en Allemagne, difficile à cerner mais qui finit toujours par vous surprendre agréablement.
Berlin : Fresque émotionnelle de l’histoire européenne
Berlin ne laisse pas indifférent. Ses grandes artères, ses palais bulbeux, son mélange curieux de styles architecturaux et son atmosphère faussement détendue pousse à découvrir ce qu’il se cache réellement derrière la capitale allemande.
De l’avenue Unter Den Linden (littéralement « sous les tilleuls ») à Alexanderplatz, c’est l’histoire qui jaillit. La cicatrice du mur est partout, se déployant en un ruban infini de doubles pavés parallèles. Là est le rideau de fer, et l’émotion prend à chaque fois à la gorge en traversant cette minuscule bande de pierres qui a symbolisé un demi-siècle durant un conflit majeur de l’histoire des relations internationales.
Berlin est donc une fresque. Une fresque car tout est mis ensemble, rien n’est cloisonné, les époques se rencontrent.
Le Reichstag est certainement le monument de Berlin le plus représentatif de cette mixture historique surprenante. Construit durant l’Empire allemand (1871-1918), incendié par les nazis en 1933, délaissé durant la Guerre froide puis réaménagé et réinvesti par la nouvelle république allemande à partir de 1990, le Reichstag est un témoin unique de l’histoire de Berlin. C’est sous la direction de l’architecte britannique Norman Foster que le Reichstag, abritant désormais le Bundestag, la chambre basse du parlement de la République fédérale d’Allemagne, a acquis des éléments modernes, à l’image de sa coupole en verre et de son aménagement intérieur fonctionnel et épuré. Certains fragments de l’histoire tragique du bâtiment ont néanmoins été conservés, à l’instar des graffitis de soldats soviétiques lors de la libération de Berlin par l’Armée rouge en 1945.

Du toit du Reichstag, se déploie la skyline de Berlin, au premier rang desquels on retrouve la Fernsehturm, la fameuse tour de télévision qui surplombe Alexanderplatz, qui est un peu « La Défense » berlinoise.
La Fernsehturm a été construite sous la guerre froide, dans la partie est de la ville, autrement dit au cœur de l’ex RDA communiste et pro-soviétique. Édifice le plus haut d’Allemagne (370 mètres), la tour a été inaugurée en 1969 et fait désormais partie du paysage familier de la capitale allemande, aux côtés de la porte de Brandebourg et du Berliner Dom. Ce monument convoque encore une autre facette de l’histoire de la ville, à savoir la période du rideau de fer, au même titre donc que le mur, qui a bel et bien lui aussi acquis un statut de monument.
C’est sûrement depuis la Fernsehturm que l’on appréhende le mieux les quartiers de Berlin et par la même occasion, l’ancienne division de la capitale. L’effet panoramique nous permet de nous tourner vers tous les points cardinaux, en suivant du regard les dédales d’avenues et de bâtiments qui font un peu penser à ceux de l’histoire.

Berlin, point de départ de nombreux bouleversements du XXème siècle, fut aussi la capitale de la Prusse puis de l’empire allemand à partir de 1871. Cette époque s’illustre dans son patrimoine riche en monuments plus ou moins préservés dans leur jus, malgré les bombardements de la seconde guerre mondiale. C’est notamment sur l’avenue Unter Den Linden que l’on peut apprécier cette architecture : le Berliner Dom tout d’abord, cathédrale massive trônant au bord de la Spree, le cours d’eau qui traverse Berlin, mais aussi le Forum Humboldt, qui a la particularité de reconstituer l’ancien château de Berlin tout en arborant sur certaines parties des éléments architecturaux modernes, ou encore le Staatsoper Unter den Linden, opéra construit en 1742.
Enfin, on ne peut pas passer à Berlin sans s’arrêter sur l’histoire de la seconde guerre mondiale, et en particulier celle du nazisme et du génocide des juifs et tsiganes d’Europe. Le musée Juif est certainement le lieu qui concentre le plus d’émotions, d’informations et de mémoires sur ce processus de destruction systématique qui a ensanglanté notre continent au beau milieu du XXème siècle.
Le musée Juif est un édifice élaboré pour désorienter ses visiteurs, avec un début de visite en sous-sol qui amène progressivement à évoluer dans des dédales de couloirs et de salles anguleuses découpés en différents « axes » : Exil pour l’émigration, Holocauste pour la mort et Continuité pour la vie. En plus de traiter de la Shoah, le musée aborde également l’histoire, les traditions et la culture du judaïsme, pour le réinscrire dans le contexte européen du début du XXème siècle. Une partie extérieure, le Jardin de l’Exil et de l’Émigration, composée d’un groupe de 49 colonnes en béton de 6 mètres de haut surmontées d’oliviers, cherche à déstabiliser les visiteurs par son sol incliné et le labyrinthe ainsi formé.

Le musée est aussi constitué de vides (les voids), dont le plus connu est le vide de la mémoire (Memory Void), espace en renfoncement où se trouvent éparpillés au sol des milliers de visages humains découpés dans de l’acier. L’œuvre de l’artiste israélien Menashe Kadishman symbolise les victimes non seulement de la Shoah, mais également toutes celles de la guerre. Le bruit que les disques d’acier produit en marchant dessus est sans doute l’un des moments les plus prenants de la visite.
Non loin du musée Juif, en remontant vers la Spree, se trouve les restes conservés du mur, où plusieurs artistes y ont réalisé leurs œuvres, dont la plus célèbre d’entre elles, Mon Dieu, aide-moi à survivre à cet amour mortel, où l’on voit Erich Honecker embrasser sur la bouche Léonid Brejnev. Une manière de poursuivre le parcours mémoriel et artistique entamé au musée Juif de manière plus légère.

En somme, Berlin est un vivier de l’histoire sans cesse à découvrir. Il est clair que 2 jours ne suffisent pas à balayer la capitale allemande, mais en 48 heures, la ville nous offre déjà une fresque complexe des évènements qui s’y sont déroulés ou qui l’on embarqué avec elle.
Ici s’achève donc ce voyage de 16 jours et 5 500 kilomètres à travers l’Europe du Nord, où chaque ville laisse derrière elle la trace d’un écrin d’histoire, de culture et de paysages uniques.
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