Premier arrêt de notre tour des États-Unis à l’occasion des élections de mi-mandat : le Michigan. Celui qui nous intéresse ici s’appelle Abdul el-Sayed, et il bouscule l’establishment démocrate, en tant que figure de l’aile progressiste du parti qui pourrait bien faire une entrée fracassante au Congrès.

Au Michigan, c’est le médecin Abdul el-Sayed, figure de l’aile gauche du Parti démocrate, qui pourrait l’emporter pour le poste de sénateur. Il serait alors le premier élu musulman du Sénat étasunien et pourrait rejoindre un nombre important de nouveaux responsables issus du camp progressiste et démocrate-socialiste, qui ont le vent en poupe dans ces midterms. Ce dernier avait remporté d’un cheveu la primaire du parti en août dernier face à Haley Stevens, une centriste aux positions pro-israéliennes affirmées. En tant que progressiste, El-Sayed défend une couverture santé universelle, l’instauration d’un impôt sur les grandes fortunes et porte une voix critique à l’égard des groupes d’intérêts. Ses positions sont renforcées notamment par son passage à la direction du service de santé publique de Detroit, qu’il s’est employé à restaurer après sa privatisation, dans une ville sinistrée par la désindustrialisation.
Dans les sondages, Abdul el-Sayed est en tête face au républicain Mike Rogers, qui a obtenu le soutien de Donald Trump dès juillet 2025. Le démocrate gagnerait aujourd’hui avec 48 % des voix face au républicain qui obtiendrait un peu plus de 45 % selon FiftyPlusOne. El-Sayed a subit durant cette campagne de nombreuses mises en cause racistes de la part de ses adversaires, M. Rogers l’ayant accusé de faire partie des Frères Musulmans et remis en question sa loyauté envers les États-Unis, comme le détaille un article du New York Times.
À l’image de Zohran Mamdani dans sa conquête de la mairie de New York, Abdul el-Sayed développe une stratégie de communication originale et attractive basée sur deux éléments principaux, détaillés par le journal britannique The Independent : « Une discipline de communication de type « Mamdani » et un style de campagne offensif, axé sur les médias, qui s’adresse aux différents groupes d’électeurs là où ils se trouvent ». M. El-Sayed s’est par exemple mis en scène dans une fausse émission de téléréalité sur TikTok semblable au feuilleton Love Island où il promeut avec rythme et dynamisme ses propositions progressistes.
Le Michigan était jusqu’en 2016 un état de la « Rust Belt » (la ceinture de la rouille, symbole du déclin de l’industrie étasunienne), traditionnellement démocrate depuis les années 1980. Lors de l’élection présidentielle de 2016, il a basculé, comme d’autres états limitrophes, dans le camp républicain, au moment où Trump brisait le fameux « mur bleu » du Midwest. Il est revenu dans le giron démocrate en 2020 avant d’à nouveau voter à majorité pour Trump en 2024, devenant ainsi un swing state, un état pivot. Au niveau des sénateurs, l’état a été représenté exclusivement par des démocrates depuis 2001 mais vote alternativement pour des républicains et des démocrates au poste de gouverneur.
Tous ces éléments peuvent nous permettre de dire qu’à l’heure actuelle, Abdul el-Sayed est en bonne posture pour aborder le scrutin du 3 novembre. Et sa victoire pourrait ne pas être un fait isolé dans le pays.
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